Denis Lorrain

 

Construction 067

Hovering Memories

Composition algorithmique pour piano MIDI

(2022, durée totale : *ca.* 14 mins)

 

Note de programme

 

   Nul ne peut présager des évocations qu'une œuvre éveillera. Surtout pas à long terme. Surtout pas son auteur, même s'il ne peut occulter, au soir de l'achèvement, l'espoir qu'il en surgira des transpositions poétiques. Toutefois, le destin imprévisible de l'œuvre n'est pas une préoccupation prédominante au cours de son élaboration. Pendant le processus créatif, l'esprit est surtout occupé à modeler les lourdeurs de la matière — peut-être espère-t-il les sublimer ? Faute de mieux, pour clore le cheminement, reste alors la possibilité de décrire cette matière si longuement affrontée.

 

   Cette Construction repose essentiellement sur un matériau issu de concepts musicaux aujourd'hui assez courants : des couples d'hexacordes forment des séquences dodécaphoniques, elles-mêmes variées et multipliées au moyen d'opérations de *symétrie axiale généralisée* dans une représentation circulaire de l'espace chromatique. Il s'agit du même algorithme de base que celui de mes précédentes Constructions 053, "... somewhere south of silence" (2016) et 061, Pleins et déliés (2021). À l'origine de ce processus, un *univers* est constitué de tous les couples possibles de tous les hexacordes chromatiques comportant tous les intervalles inférieurs au triton (hexacordes omni-intervalles, algorithme de Jan Vandenheede). Un sous-ensemble de cet univers permet de former des séquences dodécaphoniques, avec des couple d'hexacordes joints par un intervalle de triton.

 

   Ce processus est à l'origine de la quasi totalité des éléments musicaux de la pièce. Il est ici exposé exclusivement harmoniquement, mais de diverses manières, par divers algorithmes. Dix différents couples dodécaphoniques d'hexacordes sont mis en œuvre. Tous ces couples partagent un hexacorde commun — le vingt-et-unième dans l'ordre délivré par l'algorithme de Jan Vandenheede.

 

   Les rythmes appliqués à ce matériau harmonique sont issus de la séquence sturmienne de Thomas Noll. Dans ma Construction 047, Eight Sturmian Studies (2015), cette séquence était une source universelle, à l'origine de mélodies, harmonies et rythmes. Comme dans mes Constructions ultérieures, je l'ai limitée ici à la création de rythmes pour le matériau harmonique décrit ci-dessus.

 

   Par contraste avec ces matériaux harmonique et rythmique, un autre algorithme intervient dans la pièce. Il a été inspiré par les "vagues" chromatiques graves du début de la Ballade n° 2 en Si mineur (S.171) de Franz Liszt. Il est à l'origine d'éléments musicaux aisément identifiables, contrastants, allant jusqu'à de violents glissandi.

 

   La pièce se déroule en trois mouvements :

 

  I — 3'07"

 II — 5'36"

III — 5'18"

 

DLO

Karlsruhe

Avril 2022